Ha’il – Al Artawiyah (585km, 338km de spéciale).

Victime d’un problème mécanique à une trentaine de kilomètres de l’arrivée, Ronan Chabot et Gilles Pillot ont dû batailler pour revenir au bivouac. Désormais, une autre course commence : remettre sur pied le Toyota Hilux afin qu’ils puissent repartir dès demain.

Il y a un temps pour tout, même en pleine galère. Au Dakar, tout est graduel : la sidération quand un problème arrive en fin de spéciale après une étape maîtrisée, la décharge d’énergie pour trouver une solution, la déception et l’envie d’y croire, coûte que coûte. Ce cheminement-là, Ronan Chabot et Gilles Pillot l’ont connu des dizaines de fois. « Ça fait partie du rallye-raid, ce sont les joies du sport mécanique », répète souvent Ronan. L’épisode du jour s’ajoute à toutes ces fois où le destin s’échappe, tous ces moments que l’on aime raconter et beaucoup moins endurer.

« On a entendu un bruit bizarre… »

Le pilote reprend le fil des événements, de ces 338 km à parcourir entre Haïl et Al Qaisumah : « c’était une belle spéciale, magnifique, avec des dunes superbes. Nous avions un bon rythme, c’était particulièrement plaisant ». Partis 32e, ils parviennent rapidement à doubler quatre concurrents (km 85) et maintiennent la cadence tout au long de la spéciale. Sauf qu’à 30 km de l’arrivée, dans un cordon de dunes particulièrement pentu, tout s’arrête.

« On a entendu un bruit bizarre. Tous les voyants de pression d’huile se sont allumés. Nous avons tout coupé et appelé l’équipe avec le téléphone satellite ». Alors que la nuit allait tomber, la durée d’intervention d’un camion d’assistance aurait obligé l’équipage à dormir sur place.

« Ces mécaniciens, ce sont des magiciens »

« Nous avons donc fait demi-tour, dans une cuvette. On a dégonflé les pneus avant de sortir de la spéciale, sur un petit filet de gaz ». Il restait donc à rentrer au bivouac sauf qu’au bout de 30 kilomètres sur la liaison, « ça s’est détérioré ». « Un conducteur saoudien qu’on a croisé sur la route s’est proposé de nous tracter, ce qui nous a permis de rentrer au bivouac ‘à la ficelle’ ».

Après leur arrivée à la structure d’Overdrive, les mécaniciens s’affairaient déjà sur la voiture. « Il y a sans doute un problème de pompe à huile », assure Ronan. Il sourit : « on est là et c’est le plus important. On aurait pu rester là-bas et tout se serait arrêté ». À l’heure de ces confidences, dans la petite cabine aménagée où Ronan et Gilles passent leur nuit, difficile d’envisager la suite.

Néanmoins, Ronan se veut résolument optimiste. « Ces mécaniciens, ce sont des magiciens. Si ce n’était pas possible de réparer, on le saurait déjà ». Mais il y a une certitude : « la nuit va être courte pour eux », conclut le pilote, le regard admiratif envers ces hommes qui donnent tout pour que l’aventure continue.