Au lendemain du tonneau effectué sur les pistes saoudiennes, l’équipage et ses mécaniciens se sont donnés à fond. Assez pour permettre au duo de repartir ce mercredi et de rejoindre le bivouac de l’étape marathon de Shubaytah. Fatigués mais comblés d’être encore là.

Il se dit que la galère est inhérente au Dakar. Que d’une certaine manière, tous ces concurrents – têtes brûlées pour les uns ou aventuriers pour les autres – recherchent ça : le fait de devoir se surpasser quand l’espoir est un mot qu’on n’ose même plus prononcer. Ronan Chabot et Gilles Pillot connaissent trop le Dakar pour savoir que cela fait partie du jeu et qu’il n’y a pas de fatalité à ne plus maitriser le temps, à tout oublier en étant obnubilé par une seule chose : avancer, encore et encore.

« Ce sont des moments à part, des moments à vivre »

Hier, le duo a été victime d’un tonneau qui a arraché la roue avant gauche. C’était dans la matinée, il a fallu attendre le camion d’assistance rapide (T4), réparer et repartir. Au moment où la Toyota roulait à nouveau – « il ne faut pas croire, ces voitures sont incassables », sourit Ronan Chabot – il restait encore quelques centaines de kilomètres à parcourir. « On était seul, en pleine nuit dans les dunes. Il n’y avait plus un seul véhicule derrière nous », raconte Ronan. « On a navigué à vue, poursuit Gilles Pillot. Ce sont des moments à part, des moments à vivre ».

Une fois arrivés au bivouac aux alentours de minuit, c’est une autre image comme on les aime sur le Dakar : les mécaniciens du duo et certains de chez Overdrive se sont investis sans compter pour remettre la voiture en bon état. « Tout une chaîne de compétence s’est rapidement mis en place », souligne Ronan, admiratif de ce ballet mécanique. Cela a duré six heures et quand Ronan et Gilles se sont levés après une poignée d’heures de sommeil, « les mécaniciens remettaient tout juste les autocollants ».

« On ne peut pas toujours être épargnés »

La fatigue était toujours là mais la mésaventure appartenait déjà à la boîte à souvenirs, de ceux qu’on raconte au chaud et qui font partie de la magie de l’épreuve. Celle-ci sera différente des autres parce qu’elle a été filmée et France Télévision les a suivi tout au long de la journée pour un reportage. Cette petite histoire du Dakar n’est donc plus vraiment la leur, mais cela ne change rien à son intensité et à la course-poursuite qu’elle a induite.

Déjà, il fallait donc oublier et continuer à avancer puisque l’étape du jour les menait jusqu’à Shubayatah en passant par les pistes de «l’ Empty Quarter » (le quart du vide), la plus vaste étendue de sable au monde. Il fallait aussi veiller à se préserver des routes cassantes et escarpées où nombre de concurrents se sont fait piéger. À l’arrivée, Ronan et Gilles sont toujours présents. Les cernes sont creusés, les organismes fatigués mais le sourire est là. « Les galères, cela fait partie du Dakar, on ne peut pas être toujours épargné », sourit Gilles Pillot.

« La famille du Dakar »

Ce mercredi, les forts vents ont poussé les organisateurs à raccourcir l’étape (224 km de spéciale au lieu de 410 km). Les pilotes sont donc arrivés plus tôt au bivouac et cela ne fait pas de mal au duo, heureux de pouvoir enfin se reposer et souffler. Après un déjeuner rapide et un débrief avec Luc Alphand, venu en ami avant l’enregistrement de son émission, direction le dortoir des pilotes pour souffler enfin.

Certes, la course pour la 10e place n’est plus d’actualité et l’objectif premier est désormais de terminer. Mais être toujours en course est une victoire en soi et il ne reste qu’environ 700 km de spéciale avant de lever les bras. Dans la galère et sa douleur, dans l’obscurité puis les dunes, ils ont à nouveau démontré qu’ils avaient plus que jamais leur place dans « la grande famille du Dakar ».

AU PROGRAMME DEMAIN – Shubaytah – Haradh

Après une nuit isolée de tous, les pilotes vont se réveiller et attaquer un programme aussi copieux que majestueux. Pendant les 80 premières kilomètres de spéciale, ils devront en effet traverser les plus belles dunes du pays, au cœur de l’« Empty Quarter » (le quart du vide), ce qui devrait ravir Ronan et Gilles, particulièrement à l’aise sur ce terrain. Ensuite, place à des pistes rapides, dans les zones où les chercheurs d’or noir s’aventuraient il y a des décennies. À l’issue de 744 km, dont 379 km de spéciale, ils retrouveront le bivouac d’Haradh, quitté la veille, et retrouveront leur équipe de mécaniciens, les autres héros de la semaine.