Journée de repos.

Même pendant un jour de repos, le bivouac peut être hostile et prendre des allures inhospitalières. Le point de chute de la course à Arequipa ne ressemble pas à l’idée que l’on se fait d’un bivouac : il n’est ni planté au milieu du désert, ni soumis à des températures qui dépassent les trente degrés. Sur cette base militaire rongée par le temps, le sable se mêle à la poussière, le ciel est lourd, sombre, une pluie fine s’invite parfois et le mercure ne dépasse jamais les 15°C. Parkas, sweats et pantalons ont remplacé les tee-shirts et les shorts.

Mais ce n’est pas les particularités météorologiques de la 2ème ville du Pérou qui tracassent Ronan Chabot. Le pilote arbore un large sourire qui égaie un visage marqué par les heures à rouler et à batailler sur les terres péruviennes. Avec Gilles Pillot, ils sont idéalement placés avant d’entamer la 2ème semaine de la compétition, au 11ème rang du général. Il ne faut pas attendre d’effusion de joie chez eux : ils ont l’humilité de ceux qui savent que tout peut basculer, que le Dakar reste un rallye-raid et donc l’expression ultime de l’incertitude mécanique. À la veille de prendre part à la 6ème étape, Ronan Chabot fait le bilan d’un début de course aussi intense que plaisant, sans jamais se départir de son sourire.

LE SENTIMENT GÉNÉRAL. « Le Dakar est une course d’endurance avec des journées conséquentes. En voyant le nombre de voitures qui ont été arrêtées depuis le début du Dakar, on voit à quel point il est important de préserver la mécanique. Notre radeau de survie, c’est la voiture ! Il faut prendre un rythme qui correspond aux capacités de la voiture. Quand on ‘tape’ trop dans le potentiel de la voiture, on est arrêté sur la piste. Sur le Dakar, il faut être régulier, toujours placé et on fera les comptes à la fin. Mais à mi-parcours, on est à notre place. »

LA PLACE AU CLASSEMENT. « Une place dans le ‘top 10’ ? Je pense que notre place est là mais c’est délicat tous les jours. On n’écrit pas un Dakar avec des « si » ! Il y a aussi tous les aléas de la course qui font que rien ne peut être certain. Il peut tout se passer tous les jours. Chaque journée est une course. L’étape-marathon (jeudi et vendredi) a été épique. Et pourtant nous faisons partie des rares à l’avoir fini entièrement (la 2ème partie de la spéciale a été neutralisée pour des raisons de sécurité après le passage d’une vingtaine de concurrents). »

LE PLAISIR D’EN ÊTRE. « Nous prenons beaucoup de plaisir depuis le début de ce Dakar. Quand c’est difficile, on prend aussi du plaisir, on vient pour ça ! Là, on va rentrer dans le vrai Dakar avec la fatigue qui s’accumule chez les hommes comme les machines. C’est pour ça qu’on a hâte de repartir pour la 2ème semaine. »

LES GALÈRES. « Vendredi, les derniers kilomètres de la spéciale avaient des allures d’enfer. À cause du fesh-fesh, on ne voyait rien alors que si on s’arrêtait, on était sûr de s’embourber. Nous ne savions plus où nous étions ! Il y avait aussi les crêtes et les ravins à éviter. Parfois, il vaut mieux lever un peu le pied pour se préserver plutôt que d’attaquer. »

LA JOURNÉE DE REPOS. « Elle n’offre pas beaucoup de repos ! (rires) On en profite pour faire une révision conséquente et on change certaines pièces. Ce qui était agréable, c’était de prendre une bonne douche hier soir (vendredi soir) et de dormir dans un bon lit parce que l’étape avait été particulièrement éprouvante. »

LA SPÉCIALE DE DIMANCHE. « L’an dernier, c’est là que la course avait basculé avec l’abandon de Sébastien Loeb. Au cours de cette spéciale de 291 km entre Arequipa et San Juan de Marcona, il y aura beaucoup de sable, des cuvettes, des dunes à perte de vue… Il faudra faire les bons choix et ne pas se précipiter. Même si on est à l’aise sur ce type de terrain et malgré notre expérience, nous n’avons aucune garantie. Nous devrons redoubler de vigilance ».