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Depuis 2003, Ronan Chabot et Gilles Pillot ne font qu’un lorsqu’il s’agit du Dakar. Les deux hommes font partie des pilotes les plus expérimentés et se sont construits un très beau palmarès. Ils ont remporté l’épreuve à trois reprises en catégorie deux roues motrices (2012, 2013 et 2015). Le 2 janvier prochain, ils s’élanceront pour la 15ème fois sur les traces d’un rallye-raid devenu mythique.

Le duo affiche une longévité hors-norme dans un monde où les mariages pilote / co-pilote ont du mal à relever le défi du temps. Tension permanente, technicité, enjeu de la compétition sont les ennemis d’un fonctionnement à l’unisson. Ronan et Gilles, bien au contraire, se nourrissent de ces paramètres pour écrire leur histoire commune. Ces deux-là ne connaissent jamais de baisse de régime. Dans l’habitacle de leur Toyota Hilux n°317 ou au bivouac, leur motivation, leur envie de continuer à apprendre et leur objectif de réussite sont leur moteur. Ensemble et sous les couleurs de PRB, ils abordent cette édition 2017 avec l’objectif de terminer dans le Top Ten. Rencontre avec Ronan Chabot à quelques jours de son départ pour le Paraguay.

 

Quelles sont les clés de votre longévité avec Gilles ?

« Je crois que la règle numéro 1 dans le Dakar, c’est l’aventure humaine. C’est une épreuve excessivement dure nerveusement et physiquement. Etre au départ, c’est déjà une grosse course. Nous sommes très complémentaires avec Gilles. Dans notre duo, il y a la tête et les jambes. La plupart des pilotes sont professionnels mais ils changent régulièrement de copilote. Nous, nous sommes toujours les deux mêmes. On progresse tous les ans. Nous savons que notre binôme est performant. Et puis on aime tous les deux vivre cette aventure d’équipe. Cette année, il y aura un peu plus de 80 personnes chez Overdrive (l’équipe à laquelle appartiennent Ronan et Gilles, ndlr). Les teams managers, les motoristes, les kinés, les mécaniciens…. Ils bossent toute l’année sur ces voitures. Ce sont de belles pièces d’orfèvre. Il faut qu’elles aillent jusqu’à bout. Rapidement, sur un Dakar, le vernis craque et tu découvres les gens. Tout le monde donne le meilleur de lui-même dans un objectif commun de résultat. Avec Gilles, nous nous inscrivons complètement dans cet état d’esprit. »

 

Quelles sont les forces de votre duo ?

« Je pense que c’est la motivation et aussi notre expérience. Il y a un fort taux de casse et d’abandon sur le Dakar. Mais avec Gilles, nous sommes des finishers. Nous avons été globalement épargnés par la casse. C’est l’expérience qui entre en jeu. Sur le Dakar, tu dois t’adapter en permanence, tu mesures sans arrêt ton niveau de risque. Tu sais que tu pars pour une course de 10 000 kms. Forcément, il faut aller très vite pour rester dans le groupe de tête mais il faut aussi penser que la voiture se souviendra de chaque coup qu’elle subira. Certains s’écroulent sur les étapes de 800 kms. On connait bien cela avec Gilles. Nous savons qu’il y a des grosses journées où il y a tout à gagner, où le Dakar se joue. Disons qu’il y a toujours deux ou trois gros morceaux importants, c’est-à-dire des étapes où tu peux faire la différence. Et nous, nous aimons particulièrement ces étapes-là ! »

 

Avez-vous beaucoup roulé avec cette Toyota Hilux ?

« Nous avons récupéré la voiture en Afrique du Sud en juin. C’est une voiture neuve, c’est celle qui avait été commencée l’année dernière. Elle a été fabriquée chez Toyota en Afrique du sud. Cet été, nous avons pu participer à deux manches de la coupe du monde. Nous avons fait des petits sprints sur quatre jours et différents tests. Contrairement à l’année dernière, on ne découvre pas tout. Nous avons aussi pris part au Rallye du Maroc début octobre. Nous avons fini 7ème. Ça allait vite, il y avait un gros plateau. Donc nous sommes bien à notre place dans le top 10. On est dans le coup ! »

Peux-tu nous parler du parcours de l’édition 2017 ?

« Il va se dérouler au Paraguay, en Bolivie et en Argentine. Ce sera le Dakar le plus dur depuis que l’épreuve se déroule en Amérique du Sud. On va passer six jours à plus de 3 000 mètres d’altitude et il y aura même un passage du col à 4800 m ! Les hommes vont souffrir. Les moteurs seront à l’agonie car il y aura moins d’oxygène et donc moins de puissance déployée. Nous allons faire de grosses liaisons. Il y aura du sable et de la navigation avec, pour la première fois, des waypoints cachés. On devra passer dessus pour les déclencher. Si tu fais un cap dans les dunes et que tu sors à 1km du way point, tu risques de  perdre beaucoup de temps. On va avoir de la pluie, du froid, des étapes marathon… Les voitures vont de plus en plus vite, les pilotes sont de plus en plus talentueux. C’est sûr, le plat cette année s’annonce copieux et il y a moyen de faire le yoyo dans le classement ! »

Ce qui est certain, c’est que plus il y aura de dunes, plus on sera à l’aise avec Gilles. Le sable nous va bien. En 2013, il n’y a eu que du sable sur la première semaine, on avait hyper bien marché. C’est intuitif et c’est là que l’on peut faire de l’écart. Il faut comprendre que l’écart, c’est une demi seconde voire une seconde au km… Ce n’est rien mais sur une journée de 800 kms, ça compte ! »

 

Qu’est ce qui te plait autant dans le Dakar ?

« C’est la compétition qui me plait. Tu es là, sur la ligne de départ avec la boule au ventre… 5, 4, 3, 2, 1… C’est le top départ et tu oublies tout. J’aime bien quand tu es rincé le soir, tu as un super sentiment en arrivant. Quand tu as bien marché, tu es très content. Mais même quand tu n’as bien pas gazé, ce sont des bons sentiments. Tu essayes de comprendre pourquoi et tu repars surmotivé le lendemain.

Le risque principal est de se déconcentrer. Durant le Dakar, tu ne peux pas penser à autre chose. C’est impossible. De toute façon, on le sent avec Gilles. Si l’un ou l’autre s’échappe par la pensée de la course, l’autre le ramène immédiatement dans le Dakar. Ton radeau de survie, c’est la voiture. Mais le soir, quand tu rentres au bivouac,  elles sont à refaire entièrement. Et là aussi la concentration est une clé… Un mauvais serrage et le lendemain, c’est fini. Durant le Dakar, le stress ne te quitte jamais. Tu es en permanence sous pression. Ce sont trois semaines d’une intensité extrême, trois semaines d’adrénaline. Et c’est l’adrénaline qui te fait tenir. »

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